Volume XXV Numéro 7, 7 DÉCEMBRE 1998
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LA UNE

Serge «Indiana» Lebel
Sur la piste de l'Homme de Néandertal


Jean-Claude Robert médaillé de la Société royale du Canada

Lutte contre les gaz à effet de serre


SOMMAIRE DU NUMÉRO

Médaille de l'UQAM à Richard Guay

GREF UQAM
Mieux connaître les forêts anciennes


Formation virtuelle
L'univers du roman québécois


Sciences mathématiques
L'ISM a le vent dans les voiles


Atlas électronique du Québec
Un nouveau site pour traiter l'information économique


Un nouvel institut de formation dans le domaine du transport

UQAM verte
Consultation publique sur une politique environnementale


Un emploi d'été dans une autre province canadienne ?

Titres d'ici

Appui aux victimes de l'ouragan Mitch

LETTRE À L'UQAM

NOUVELLES ADRESSES

INVITATION AUX RETRAITÉS

Galerie de l'UQAM
Pleins feux sur les étudiants


Zoom sur Borduas photographe

Exploit en design graphique
Médaille d'argent lors de biennale de Mexico


GREF UQAM

Mieux connaître les forêts anciennes
Alain Leduc, professeur associé au département des sciences biologiques, montrant les cernes de croissance d'une pruche dont une partie de la souche a été prélevée dans le cadre de la recherche portant sur les traits distinctifs des forêts anciennes du sud du Québec. Les cernes indiquent que l'arbre, déjà mort lors de la visite des chercheurs, avait près de 250 ans.

Subventionnée par plusieurs organismes gouvernementaux1 impliqués dans la gestion des forêts, une équipe de chercheurs du Groupe de recherche en écologie forestière (GREF) de l'UQAM a mis au point un outil d'évaluation qui pourrait s'avérer précieux pour la conservation du réseau de forêts anciennes du Québec. Pour la première fois, des chercheurs s'attelaient à la tâche de comparer des forêts anciennes entre elles2, et de le faire sur un bon nombre de forêts. Deux objectifs alimentaient l'équipe: identifier les traits distinctifs des forêts anciennes et mettre au point une méthodologie permettant d'évaluer la valeur de conservation de ces forêts anciennes.

Selon Alain Leduc, professeur associé au département des sciences biologiques, qui a dirigé l'équipe de recherche avec Yves Bergeron, professeur titulaire au même département, une forêt ancienne, c'est «une forêt intègre, composée de vieux arbres et ayant une superficie minimale de deux hectares.» Afin de repérer ce type de sites, l'équipe de recherche, qui a regroupé jusqu'à 15 personnes pendant une période de trois ans, a d'abord visité plus de 6 000 forêts du sud du Québec, pour en retenir un échantillon de 35 suffisamment âgées (entre 120 et 300 ans) et faiblement aménagées.

Trois secteurs du territoire d'étude ont retenu l'attention des chercheurs, soit le secteur environnant la municipalité d'Huntingdon, celui des monts Sutton et Pinacle et celui de la Beauce. C'est dans le secteur de Huntingdon que l'équipe a observé les forêts les plus âgées, certaines datant vraisemblablement de 1665.

Un outil d'évaluation
Sur la base des résultats de leur analyse, les chercheurs proposent une clé d'évaluation de la valeur de conservation des forêts anciennes qui fait appel à une gamme de critères : âge de la forêt, degré d'aménagement, attraits structuraux, superficie et degré d'exposition à un environnement non forestier, intégrité de ses communautés animales et végétales. À ces critères d'évaluation sont adjoints des indicateurs, associés à des composantes complémentaires. La clé d'interprétation fait appel à une notion de seuil ou de classes, délimitées selon des rangs calculés en pourcentage. Cela fournit un outil flexible et pondéré, qui peut être ajusté selon les nouvelles connaissances acquises sur les ressources biophysiques d'un territoire.

Les forêts âgées sont-elles naturelles ?
En plus de se démarquer de l'approche classique qui consiste à décrire de façon détaillée une forêt particulière, la recherche s'est heurtée à une difficulté majeure, le phénomène de l'aménagement des forêts et ses effets. Pourtant, vu la vocation agricole du territoire sous étude, les chercheurs espéraient qu'il y subsistait encore des forêts anciennes relativement intactes, puisque bon nombre de forêts avaient été préservées de l'exploitation industrielle. Or «il s'est avéré très difficile de trouver des forêts vieilles et intactes», de constater M. Leduc. Les chercheurs ont même observé que les gros arbres, qui dans la littérature scientifique sont considérés comme un élément typique des forêts anciennes, constituent plutôt une caractéristique des forêts aménagées. Dans le secteur de la Beauce, par exemple, on trouve dans plusieurs vieilles érablières sucrières des arbres de plus de 200 ans. L'analyse des chercheurs a permis de constater que ces forêts sont largement aménagées, car on y a éliminé les espèces compagnes de l'érable, tels le hêtre, la pruche et le bouleau jaune. «La composition simplifiée indique une perte d'intégrité qui est causée par l'aménagement, explique M. Leduc. Le fait que les arbres morts aient été retirés ou brûlés constitue un autre indicateur de la perte d'intégrité des écosystèmes forestiers».

À l'analyse de la taille, de la hauteur et de la densité des arbres vivants et morts qu'abritent les 35 forêts recensées, s'est ajoutée celle des différentes espèces indicatrices. La flore vasculaire, (les plantes du sous-bois, telles les fougères), les bryophytes (telles les mousses), l'herpétofaune (les petits amphibiens) ainsi que la faune avienne (les oiseaux) n'ont pas échappé à l'examen des chercheurs. Si certaines espèces animales ou végétales manifestent une préférence pour les forêts anciennes, aucune ne semble leur être exclusivement réservée. «Nous n'avons pas observé ce phénomène, constate M. Leduc, et je n'en suis pas surpris».

Un joyau à préserver
La grille proposée par les chercheurs uqamiens pourrait avoir des retombées intéressantes. Un groupe de travail du ministère des Ressources naturelles travaille depuis deux ans à la construction d'une banque de données répertoriant les écosystèmes forestiers exceptionnels (EFE). Il y aurait à ce jour 500 propositions de sites d'EFE. La prochaine étape consistera à vérifier sur le terrain et à juger du caractère exceptionnel ou non de ces forêts. La grille pourrait constituer un des outils permettant d'ordonner les sites sur un axe de conservation et de prioriser les démarches. «Il y a toujours place pour développer un réseau de forêts anciennes, soutient M. Leduc. Car les forêts matures d'aujourd'hui seront les forêts anciennes de demain. Et ce sera un joyau».


  1. Ces organismes sont le ministère de l'Environnement et de la Faune du Québec (Projet de recherche exploratoire en environnement), le ministère des Ressources naturelles du Québec, le ministère de l'Environnement du Canada (Plan vert), le ministère des Ressources naturelles du Canada et Parcs Canada. Les sommes investies par ces organismes dans la recherche gravitent autour de 225 000 $.
  2. La recherche portait sur les forêts anciennes se développant sur sites mésiques, soit des forêts qui se développent dans des conditions ni trop humides, ni trop sèches.