Volume XXVI Numéro 13, 10 avril 2000
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LES ARCHIVES
LA UNE



Michel Hébert à la Société royale du Canada

Le devoir de mémoire

Le ministre Perreault à l'École de langues


SOMMAIRE DU NUMÉRO



Pour en finir avec l'âgisme

Les vendredis de l'ESG

Nouveau vice-recteur intérimaire

Rapport de la Fondation

COLLOQUES

  • Construction d'espaces identitaires
  • Formation professionnelle
  • Le travail en question
  • Écritures médiatiques


  • Nouvelle concentration en mathématiques financières

    Stages à l'étranger

    Soirées retrouvailles

    Le salon G...néreux!

    Les camps de l'art dehors

    Mentorat professionnel

    Gala Forces AVENIR

    La relève présente ses travaux

    Centre de design

    Futurs enseignants en arts venus de France

    VITE LU

    Titres d'ici
    Le devoir de mémoire
    Trois des membres de l'équipe de recherche La mémoire brisée : Michaël La chance (UQAM), Alexis Nouss (Université de Montréal) et Simon Harel (UQAM).
    Comment l'écriture peut-elle être encore un lieu de mémoire et d'oubli? Qu'est-ce qui, dans les pratiques littéraires et artistiques, résiste à toute mémorisation sans pourtant sombrer dans l'oubli? Ces questions sont au coeur des travaux d'une équipe de recherche pluridisciplinaire, subventionnée par le FCAR, qui a pour nom « La mémoire brisée ». En font partie, de l'UQAM, Simon Harel (études littéraires), Michaël La Chance (philosophie) et Régine Robin (sociologie), ainsi que Francine Belle-Isle de l'Université du Québec à Chicoutimi et Alexis Nouss de l'Université de Montréal1.

    Le fantasme de la mémoire
    Pour ces chercheurs, les technologies de la communication sont présentement animées par un fantasme de mémoire totalisante qui tend à construire une homogénéité des vies individuelles et des formations sociales. Ainsi, avec le développement des supports mémoriels (récits, archives, images de toutes sortes), avec le règne du numérique et de la vitesse, tout passé deviendrait réactualisable, comme si l'on pouvait stocker la mémoire de manière illimitée. Nos sociétés démocratiques seraient donc saisies d'un « devoir de mémoire » sans précédent où il faut traquer tous les oublis et juger de tout au nom d'une mémoire dite absolue. Comme le signale Simon Harel, « les médias, par exemple, n'arrêtent pas de célébrer ou de ressusciter le passé, comme s'il y avait une obligation de commémoration. Résultat : on n'arrive pas mieux à penser le passé. On se retrouve devant un excès de mémoire qui se transforme en trou de mémoire, comme si cette dernière implosait ».

    La question de la Shoah
    Nos travaux, expliquent Michaël La Chance et Alexis Nouss, se développent aussi sur un arrière-fonds historique. Le 20e siècle, on le sait, a été fertile en barbaries de toutes sortes. Ainsi, par exemple, comment approcher la Shoah, cette tragédie sans nom? « La Shoah, soutiennent-ils, est de l'ordre de l'irreprésentable ou de l'infigurable, à moins, peut-être, de verser dans l'irréalité en utilisant l'humour ou l'auto-dérision, comme l'a fait Roberto Benigni dans son film La vie est belle et qui, contrairement à Spielberg dans La liste de Schindler, n'a pas tenté de fabriquer du réel ». La vérité sur la Shoah n'est pas dicible, affirment les chercheurs. C'est aussi ce qu'a cherché à démontrer un écrivain comme Primo Levi2, dont l'oeuvre rend compte de l'impossibilité d'en témoigner puisque les « vrais témoins » sont morts dans les camps. Bref, « la littérature et l'art peuvent-ils faire état d'un matériel qui ne pourrait être ni mémorisé, ni oublié? Et qu'est-ce qui peut être porté par l'oubli? Cet oubli qui fait l'économie de l'obsession de juger ».
    Voilà donc des chercheurs provenant d'horizons théoriques et disciplinaires différents (psychanalyse, sociologie, théorie littéraire, philosophie), mais qui n'ont pas de chasse-gardée et qui veulent sortir des sentiers battus de l'académisme. « Nous sommes des chercheurs nomades, des chasseurs qui aimons prendre des risques et explorer d'autres territoires : poésie, peinture, récits autobiographiques, etc. ». D'ailleurs, en mai prochain, un ouvrage intitulé L'infigurable, émanation des travaux de certains des membres de l'équipe, sera publié aux éditions Liber et comportera notamment des essais, des poèmes, des nouvelles, des photos et des dessins.

    1. À noter que les 18 et 19 mai prochains, dans le cadre du 68e congrès de l'ACFAS, l'équipe de recherche organise le colloque Le non-mémorisable qui s'inscrit dans la suite des travaux et discussions des membres de l'équipe et de ses interlocuteurs.

    2. Poète et romancier italien, Primo Levi est l'auteur de récits autobiographiques marqués par son expérience d'internement dans le camp d'Auschwitz.