Volume XXVI Numéro 4, 25 OCTOBRE 1999
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LA UNE

Plan d'action du Vice-rectorat à la formation

L'ACDI injecte 4,7 M $ pour un réseau en gestion au Viêt-Nam


SOMMAIRE DU NUMÉRO

Plan d'action du Vice-rectorat à la formation
« C'est maintenant que le vrai travail commence ! »


L'ACDI injecte 4,7 M $ pour un réseau en gestion au Viêt-Nam

Vers de nouvelles pratiques d'aménagement forestier

COLLOQUES
Regards sur une oeuvre de Gény
La régulation de la formation professionnelle

Une pléiade d'activitésau CIRADE

Séjours d'études en France

Formation de juristes au Rwanda

Nouveau partenariat Industrielle Alliance et ESG

Don de 500 000 $ de Quebecor à la Fondation

Prédire les changements climatiques ?

Chaire Téléglobe Raoul-Dandurand
Des conférenciers de prestige


Chaire Bombardier
Cinq bourses de recherche


Regain de popularité pour les universités

Délégation de cadres en mission de travail

Vive la retraite !

Pour mieux animer le campus

Soccer universitaire masculin

LETTRE À L'UQAM

VITE LU

SOUTENANCES DE THÈSE

Vers de nouvelles pratiques d'aménagement forestier

Le professeur du Département des sciences biologiques Yves Bergeron, titulaire de la Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable.
Au nord de l'Abitibi, près de la frontière de l'Ontario, un territoire de 1 000 km2 abrite les dernières forêts vierges du Québec. Or, ce territoire deviendra le lieu d'expérimentation d'une stratégie d'aménagement avant-gardiste, s'inspirant de la dynamique des perturbations naturelles. Le tout grâce à une entente impliquant le ministère des Ressources naturelles du Québec (MRNQ), deux compagnies forestières, Norbord et Produits forestiers Tembec, ainsi que des chercheurs de l'UQAM et de l'UQAT. Le dossier est piloté par le professeur Yves Bergeron, titulaire de la Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable.

« Au Québec, plus de 80 % des terres publiques sont dédiées à la production forestière », explique le professeur Bergeron. Les pratiques des compagnies qui exploitent ces territoires sont sur la sellette, comme en témoigne L'erreur boréale de Richard Desjardins. « Malgré certaines faussetés, souligne le chercheur, le film n'en a pas moins le mérite d'avoir mis le débat sur la place publique, en exposant une réalité, soit l'étendue énorme des coupes et la collusion entre le ministère et les compagnies. Or l'aménagement forestier, ça concerne tout le monde. » Y compris les Autochtones ­ les Cris en ce qui concerne le territoire visé par le projet ­ qui s'opposent à la façon d'exploiter les forêts, ainsi que les travailleurs dont le gagne-pain provient de la forêt : ils sont un sur 18 au Québec.

Aménagement forestier : du traditionnel au durable
Le projet démarré en septembre, dispose d'un budget annuel de 170 000 $1. L'objectif est de remplacer l'approche traditionnelle d'aménagement forestier par des pratiques permettant le maintien de la biodiversité des écosystèmes. « Une étroite collaboration avec les deux compagnies forestières et le MRNQ va nous permettre de développer et de mettre en pratique un système de simulation forestière qui reproduit le mieux possible la composition et la structure d'âge des forêts boréales naturelles, » explique le professeur Bergeron. Nous comparerons ensuite les résultats avec ceux obtenus avec les méthodes conventionnelles basées sur le rendement soutenu en matière ligneuse ».

Les pratiques actuelles de rendement soutenu visent essentiellement la coupe avec protection de la régénération et des sols. Ainsi, un territoire soumis à une révolution forestière de 100 ans ne présentera aucun peuplement dépassant en âge le temps de révolution. Dans ces conditions, la moyenne d'âge des peuplements tourne autour de 50 ans. « Or nos travaux sur la dynamique naturelle des forêts indiquent toujours une moyenne d'âge de plus de 150 ans », note M. Bergeron. Cet écart est énorme. En rajeunissant le paysage, les pratiques sylvicoles en diminuent la diversité, modifient la distribution des classes d'âges des peuplements et font disparaître une partie importante de la mosaïque naturelle. Or la beauté et la particularité de la forêt boréale, c'est la variation liée à l'âge des peuplements qui créent cette mosaïque de forêts dominées tantôt par une essence - pin, sapin, épinette, tremble, bouleau - tantôt par une autre.

« Le respect de la mosaïque naturelle impliquerait un allongement de la période de révolution forestière, ce qui ne semble pas une solution économique, reconnaît le professeur. Nous suggérons donc un modèle intermédiaire, où une partie des peuplements pourrait être traitée par coupe totale pour reproduire l'effet des incendies, et une partie par des coupes partielles reproduisant l'effet de la succession naturelle. La proportion des interventions dans le paysage étant dictée par le cycle naturel des perturbations ». Il s'agit donc de préserver la diversité, tout en continuant de couper des arbres, mais de façon différente, en s'assurant de conserver des peuplements jeunes, vieux et intermédiaires.

Du boulot à abattre !
La démarche scientifique s'appuie sur la reconstitution historique des incendies forestiers, le principal agent de perturbation en forêt boréale. Plusieurs étapes s'enchaîneront. Il faut d'abord produire une carte forestière du territoire sur laquelle on a délimité et daté les feux, à l'aide de documents d'archives, des registres historiques des feux et de photographies aériennes. « Nous sommes confiants de pouvoir reconstituer les incendies pour une période de 300 ans », estime M. Bergeron. Après l'échantillonnage pour déterminer l'âge des peuplements, l'équipe procédera ensuite aux analyses statistiques et à la modélisation de l'évolution des peuplements, ce qui permettra l'expérimentation sylvicole, suivie de l'analyse des résultats. Des étudiants de l'UQAM et de l'UQAT rattachés aux programmes de maîtrise en biologie et de doctorat en sciences de l'environnement seront associés au projet.

En mettant en place des nouvelles techniques sylvicoles, le projet contribuera à la démonstration que l'aménagement forestier durable est non seulement possible mais également rentable.

1. Les compagnies Norbord et Produits forestiers Tembec injectent 45 000 $ dans le projet de développement, et le ministère des Ressources naturelles du Québec 45 000 $. Le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) et le Service canadien des forêts fournissent une subvention complémentaire de 80 000 $, par le biais d'un programme de partenariat industries-universités.