Volume XXVI Numéro 5, 8 NOVEMBRE 1999
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LES ARCHIVES
LA UNE

En finir avec le sous-financement chronique

Georges Anglade honoré par l'UNESCO

Remise d'un doctorat honorifique à la Juge Louise Arbour


SOMMAIRE DU NUMÉRO

En finir avec le sous-financement chronique

Georges Anglade honoré par l'UNESCO

Remise d'un doctorat honorifique à la Juge Louise Arbour

Le CREFÉ, Centre d'excellence en recherche !

Un atout majeur pour le secteur financier québécois

Les aides familiales exploitées

Récent colloque sur l'État et les universités

Qu'est-ce que la communautique ?

Deux nouvelles concentrations en intervention sociale

Se chauffer sans se saigner

Implanter une école de nouvelles technologies en Afrique

Pourquoi si peu de candidates en politique ?

La linguistique à l'honneur sur le web

COLLOQUE
La question du génocide


Chapeau !
aux diplômés 1998-1999


Des étudiants de l'Équateur séjournent à l'UQAM

Bourses en sciences de la gestion

Élection du doyen de science politique et de droit

Un millier de jeunes au Camp scientifique UQAM

25 000 $ pour la Chaire Téléglobe Raoul-Dandurand

Titres d'ici

2001 : odyssée de la mode

Arts visuels Colloque interuniversitaire et exposition

Galerie de l'UQAM Narration, associations, mémoire

Golf universitaire Triomphe à Carleton

VITE LU

SOUTENANCES DE THÈSE

Hommage à une juriste remarquable

La juge Louise Arbour, docteure honoris causa
La rectrice Paule Leduc remettant à la juge Louise Arbour de la Cour suprême du Canada, un doctorat honoris causa, en compagnie du doyen intérimaire de la Faculté de science politique et de droit, Jacques Lévesque.

Ses souliers quelquefois vernis, quelquefois ferrés, l'ont portée de l'école à la guerre. C'est ainsi qu'inspirée par la célèbre chanson de Félix Leclerc Moi mes souliers, la juge Louise Arbour, ex-procureure des Tribunaux pénaux internationaux pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda résumait son périple des trois dernières années à travers le monde et ses misères. Mais le 23 octobre dernier, Mme Arbour a fait un détour vers ses anciennes amours - le monde de l'enseignement - pour y recevoir un doctorat honoris causa à l'occasion de la collation des grades de la Faculté de science politique et de droit. L'UQAM a voulu par ce geste souligner la brillante carrière de cette juriste respectée au Canada et dans le monde, qui siège depuis septembre au plus haut tribunal du pays, la Cour suprême du Canada.

Née à Montréal en 1947, Mme Arbour a débuté sa carrière dans le milieu universitaire plus précisément à l'Université York, une institution relativement jeune, dont la mission et la contribution à Toronto rappellent celles de l'UQAM. De 1974 à 1987 Mme Arbour y a été professeure agrégée puis vice-doyenne à la faculté de droit, la Osgoode Hall Law School, conjuguant ces fonctions avec un engagement constant dans la défense des droits et libertés notamment à titre de vice-présidente de l'Association canadienne des libertés civiles. Spécialiste du droit pénal, elle fut courtisée par le système judiciaire ontarien et assuma entre 1987 et 1996 les fonctions de juge à la Cour suprême d'Ontario puis à la Cour d'appel.

Controversée, mais efficace
Reconnue pour sa grande capacité d'écoute et ses jugements équitables, Mme Arbour ne redoute pas la controverse. En 1996, elle a déposé un rapport dévastateur sur le système pénitentiaire canadien, dénonçant le traitement cruel et dégradant subi par les femmes détenues du pénitencier de Kingston aux mains d'une escouade masculine chargée de réprimer une émeute en 1994. L'enquête qu'elle dirigea à titre de présidente de la Commission d'enquête provoqua la démission du responsable du système correctionnel et la présentation d'excuses formelles de la part du Solliciteur général aux prisonnières.

Au Tribunal pénal international instauré par le Conseil de sécurité de l'ONU, elle traqua sans relâche les criminels de guerre, en accumulant patiemment les preuves des crimes atroces. Geste sans précédent, elle a accusé un chef de gouvernement en exercice, le président yougoslave Slobodan Milosevic, et quatre de ses acolytes de crimes de guerre, affirmant de ce fait un grand principe : la responsabilité pénale est personnelle et non collective. Cette stratégie offensive qui testait délibérément les limites du droit international empêchait non seulement Milosevic de négocier son impunité mais acculait les diplomates au pied du mur. Elle a le mérite d'avoir redonné espoir aux victimes de guerres intra-étatiques et contribué à installer les premiers jalons d'une justice internationale.

Briser le silence de l'indifférence
Les prises de position de Mme Arbour en faveur du droit de vote des détenus, de l'égalité des sexes et de l'intégration des handicapés à l'école régulière illustrent sa détermination à défendre les droits de tous et toutes, indépendamment de leur condition sociale. Aux jeunes diplômés d'une Faculté qui s'applique à former des juristes épris de justice sociale, cette humaniste convaincue et convaincante livrait cette réflexion : « Vous savez qu'il est parfois impératif de se tenir en marge et de défendre des idéaux impopulaires, alors que le confort de la conformité est happé de sous nos pieds [...] Il faut avoir le courage de parler le langage du respect plutôt que la diatribe du mépris; de dénoncer l'injustice ou l'insulte à l'autre bout du globe; d'être la voix qui brise le silence de l'indifférence ».
Changer le cours des choses
Se disant honorée du diplôme que l'UQAM lui décernait, la juge Arbour a voulu inciter les jeunes diplômés à se dépasser dans le quotidien : « L'éducation, c'est une capacité accrue de s'exprimer sans violence. Au seuil de vos aspirations professionnelles, armés de l'instrument pacifiste qu'est l'éducation, saisissez les occasions quotidiennes d'agir avec héroïsme. N'attendez pas en vain les grands défis. La vie de tous les jours nous offre des occasions innombrables de nous dépasser [...] Il n'y a aucune honte à ne pas être de tous les combats. Il est par ailleurs lamentable de minimiser sa participation en pensant qu'on n'a rien à contribuer. »

Soulignant, au nom de l'Université, cette carrière marquée par l'intégrité et la persévérance, la vice-rectrice à la formation Mme Lynn Drapeau compléta l'éloge en ces termes : « Nous retiendrons de cette juriste remarquable qu'elle est un modèle à suivre, tant pour ceux qui sont en pratique que pour les universitaires. L'engagement social de Mme Arbour nous a montré qu'une détermination à toute épreuve, alliée à une compétence irréprochable, peuvent changer le cours des choses ».