Volume XXVI Numéro 5, 8 NOVEMBRE 1999
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LES ARCHIVES
LA UNE

En finir avec le sous-financement chronique

Georges Anglade honoré par l'UNESCO

Remise d'un doctorat honorifique à la Juge Louise Arbour


SOMMAIRE DU NUMÉRO

En finir avec le sous-financement chronique

Georges Anglade honoré par l'UNESCO

Remise d'un doctorat honorifique à la Juge Louise Arbour

Le CREFÉ, Centre d'excellence en recherche !

Un atout majeur pour le secteur financier québécois

Les aides familiales exploitées

Récent colloque sur l'État et les universités

Qu'est-ce que la communautique ?

Deux nouvelles concentrations en intervention sociale

Se chauffer sans se saigner

Implanter une école de nouvelles technologies en Afrique

Pourquoi si peu de candidates en politique ?

La linguistique à l'honneur sur le web

COLLOQUE
La question du génocide


Chapeau !
aux diplômés 1998-1999


Des étudiants de l'Équateur séjournent à l'UQAM

Bourses en sciences de la gestion

Élection du doyen de science politique et de droit

Un millier de jeunes au Camp scientifique UQAM

25 000 $ pour la Chaire Téléglobe Raoul-Dandurand

Titres d'ici

2001 : odyssée de la mode

Arts visuels Colloque interuniversitaire et exposition

Galerie de l'UQAM Narration, associations, mémoire

Golf universitaire Triomphe à Carleton

VITE LU

SOUTENANCES DE THÈSE

Se chauffer sans se saigner

Un impossible défi pour les ménages à faible revenu ?
M. Philip Merrigan, professeur au Département des sciences économiques.
De nombreux ménages québécois éprouvent des difficultés à payer leur facture d'électricité, en dépit de réductions importantes dans la part du budget qu'ils consacrent à l'alimentation et autres dépenses essentielles. Plusieurs ont même recours à des emprunts de source douteuse, comme des prêts usuraires, afin d'éviter un éventuel débranchement. Voilà quelques-unes des constatations troublantes qui ont mené l'Association coopérative d'économie familiale (ACEF) du Sud-Ouest de Montréal à s'associer au professeur Philip Merrigan pour effectuer une recherche sur l'évolution des coûts de l'énergie et autres dépenses des ménages à faible revenu1.

L'hypothèse de départ
L'intuition de départ de l'ACEF, d'expliquer M. Merrigan, était à l'effet que les dépenses d'électricité avaient augmenté de façon substantielle au cours de la dernière décennie pour les ménages à faible revenu. « Cette association avait observé que de plus en plus de gens recouraient à son expertise pour négocier une entente de paiement avec Hydro-Québec. Par ailleurs, les données de cette dernière indiquaient une augmentation notable des dossiers d'arrérages et d'interruption de service dans le secteur résidentiel ». Restait à savoir pourquoi les ménages à faible revenu parviennent de moins en moins à subvenir à leurs besoins essentiels et se retrouvent davantage en défaut de paiement avec Hydro-Québec.

Dépenses à la hausse et revenus stagnants
Avec l'assistance de Marc Kircher, étudiant à la maîtrise en économique, le professeur Merrigan a scruté trois grandes enquêtes de Statistique Canada sur les dépenses des familles. De manière générale, il a constaté qu'entre 1986 et 1996, le coût de la vie au Québec a augmenté de 33,1 %, tandis que le coût de l'électricité enregistrait une augmentation de 48,6 %. Au cours de la même période, il a observé que le revenu réel de l'ensemble des ménages n'avait pas véritablement progressé. Toutefois, dans le cas des plus démunis, non seulement le revenu stagne, mais les dépenses de consommation, en dollars constants, ont fortement augmenté, excédant les revenus bruts et « obligeant ces ménages à s'endetter plus largement que la moyenne pour subvenir à leurs besoins ».

Une situation précaire
Selon M. Merrigan, que ce soit en retenant les ménages québécois ayant des revenus bruts en deça de 20 000 $ ou en utilisant le critère du seuil de pauvreté appelé LIM2, on obtient, grosso modo, les mêmes résultats : entre 1986 et 1996, les personnes à faible revenu ont été les plus durement touchées par l'augmentation des dépenses en électricité, à laquelle s'est ajoutée, dans leur cas, une hausse du prix des loyers. En fait, les locataires ayant un revenu inférieur à 20 000 $ ont subi la hausse la plus importante en dépenses d'électricité, soit 22 %, ce qui les a forcés à sabrer dans d'autres dépenses telles que les vêtements, les meubles et l'alimentation. « Ces gens ont très peu de marge de manoeuvre : locataires, ils ne peuvent guère se tourner vers d'autres sources d'énergie; disposant d'un faible revenu, ils se retrouvent souvent dans des logements vétustes et mal isolés. En dix ans, en dollars constants, leurs dépenses annuelles en loyer et en électricité ont augmenté de 500 $. C'est beaucoup quand on sait que leur revenu moyen a stagné autour de 13 000 $ ».

Pour sortir de l'impasse
Précisons que l'étude comporte un second volet rédigé par M. Roger Bousquet de l'ACEF du Sud-Ouest. Cette section fait part de l'expérience du groupe communautaire dans ce dossier et illustre, entre autres, la situation dramatique que vivent les ménages à faible revenu menacés de débranchement, dans un contexte marqué par la dépendance accrue aux banques alimentaires, l'augmentation de l'endettement et la difficulté de négocier avec Hydro-Québec des ententes respectant leur capacité de payer. On y propose en outre des pistes de solution diverses dont la création de logements sociaux et la mise sur pied d'un programme d'aide à l'énergie jumelé à l'Allocation au logement.

1. L'évolution des coûts de l'énergie et autres dépenses essentielles pour les ménages à faible revenu, Philip Merrigan, professeur au Département des sciences économiques et l'ACEF du Sud-Ouest de Montréal, Service au collectivités, Document no 78, 1999.

2. Il s'agit du Low Income Measure qui équivaut à définir la population pauvre comme celle des ménages ayant un revenu brut inférieur à 50 % de la médiane ajustée selon la taille de la famille.