Volume XXVI Numéro 5, 8 NOVEMBRE 1999
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LA UNE

En finir avec le sous-financement chronique

Georges Anglade honoré par l'UNESCO

Remise d'un doctorat honorifique à la Juge Louise Arbour


SOMMAIRE DU NUMÉRO

En finir avec le sous-financement chronique

Georges Anglade honoré par l'UNESCO

Remise d'un doctorat honorifique à la Juge Louise Arbour

Le CREFÉ, Centre d'excellence en recherche !

Un atout majeur pour le secteur financier québécois

Les aides familiales exploitées

Récent colloque sur l'État et les universités

Qu'est-ce que la communautique ?

Deux nouvelles concentrations en intervention sociale

Se chauffer sans se saigner

Implanter une école de nouvelles technologies en Afrique

Pourquoi si peu de candidates en politique ?

La linguistique à l'honneur sur le web

COLLOQUE
La question du génocide


Chapeau !
aux diplômés 1998-1999


Des étudiants de l'Équateur séjournent à l'UQAM

Bourses en sciences de la gestion

Élection du doyen de science politique et de droit

Un millier de jeunes au Camp scientifique UQAM

25 000 $ pour la Chaire Téléglobe Raoul-Dandurand

Titres d'ici

2001 : odyssée de la mode

Arts visuels Colloque interuniversitaire et exposition

Galerie de l'UQAM Narration, associations, mémoire

Golf universitaire Triomphe à Carleton

VITE LU

SOUTENANCES DE THÈSE

En finir avec le sous-financement chronique
Mme Paule Leduc, rectrice
Le réseau universitaire québécois traverse une étape cruciale pour son développement. Le 27 octobre dernier, la rectrice Mme Paule Leduc s'adressait à la communauté uqamienne dans une allocution qui conjuguait la confiance et l'espoir, au lendemain de la publication du Projet d'énoncé de politique à l'égard des universités par le ministre d'État à l'Éducation et à la Jeunesse M. François Legault. Commentant le projet de politique et les enjeux actuels pour l'UQAM, pour l'ensemble des universités ainsi que pour la société québécoise, Mme Leduc a par ailleurs précisé clairement les attentes de l'Université dans ce contexte. Le Journal l'a rencontrée.

L'UQAM a 30 ans, et c'est avec un sentiment de fierté que la rectrice mesure l'ensemble de ses réalisations. L'UQAM a fait ses preuves, elle est devenue une université à part entière qui ne redoute pas la compétition, et elle entend prendre la place qui lui revient, soutient Mme Leduc. « J'espère que la communauté peut voir un reflet d'elle-même. Parce que malgré une situation extrêmement difficile sur le plan budgétaire, les réalisations sont exceptionnelles, en enseignement, en recherche, du point de vue de la réussite des études comme de celui de la participation des chargés de cours et des employés de soutien à nos nouvelles manières de faire. »

Non à la hiérarchisation des universités
Écartant d'entrée de jeu la question de la hiérarchisation des universités, qu'elle considère un mauvais débat et une perte de temps, Mme Leduc insiste sur le fait que toutes les universités ont pour mission de favoriser l'accessibilité à un diplôme d'études supérieures, et que toutes ont aussi l'obligation d'exceller dans leurs domaines de formation et de recherche respectifs. « Ces distinctions simplistes entre modèles d'universités ne collent pas à la réalité québécoise. Contrairement aux États-Unis, toutes les universités québécoises sont publiques et financées de la même manière par le gouvernement. Dans l'énoncé du ministre, il n'y a pas non plus de telle conception, note la rectrice. Par ailleurs, cela ne veut pas dire que nous sommes toutes semblables. Nous avons nos couleurs, nos spécialisations, nos identités, nos cultures différentes. Même nos populations étudiantes sont différentes. Cela colore nos visages, sans qu'il y ait de clivage. »

Un service public essentiel
Pour la première fois, le gouvernement s'apprête à reconnaître à l'université un statut de service public essentiel. « Je salue avec grand plaisir le projet de politique. C'est un pas en avant très important qui vient d'être franchi, assure Mme Leduc. Cela me rassure et confirme la mission extrêmement importante de l'université pour la société et le développement des savoirs. » La rectrice réserve toutefois son appréciation globale de l'énoncé ministériel lorsque seront connus la nouvelle politique de financement, attendue en décembre, et le plan stratégique de réinvestissement, prévu pour le printemps : deux étapes particulièrement cruciales pour l'avenir de l'UQAM, indique-t-elle.

Pour faire son travail, l'UQAM réclame 74,2 M $
« Pour faire correctement notre travail, à l'UQAM, aujourd'hui, il faut corriger quelque chose qui ne marche pas. Nous sommes chroniquement sous-financés. Selon toutes les analyses et quels que soient les paramètres retenus, le constat est le même : l'UQAM est la plus pauvre parmi les pauvres. » Les données de la CREPUQ indiquent qu'en 1996-1997, l'UQAM gérait ses activités avec un niveau de ressources équivalant à 74 % de celui des autres universités. « Une condition essentielle de réussite, c'est le renforcement financier majeur, assure la rectrice. Nous réclamons de Québec un redressement minimal de la base de financement de 23 M $, ce qui correspond à un financement à 58 % des coûts moyens par étudiant, et un ajout de 41,2 M $ au budget annuel qui servira uniquement à l'embauche de professeurs et de personnels de soutien. » Un redressement à 100 % du ratio personnel / EETP (étudiant équivalent à temps plein) représente l'embauche de 250 professeurs, en plus du remplacement à 100 % des départs sur cinq ans, et une croissance d'au moins 20 % chez le personnel de soutien. D'ici cinq ans, c'est un ajout total de l'ordre de 100 M $ récurrents qui permettra à l'Université d'atteindre une certaine vitesse de croisière.

Le seul et incontournable projet d'immobilisation, c'est la construction du pavillon des sciences biologiques, évaluée à 35 M $. Il faut quitter les locaux vétustes de l'actuel pavillon des Sciences situé rue St-Alexandre. Le Département des sciences biologiques, le plus performant en recherche au Québec selon les données de la Commission des universités sur les programmes, pourra ainsi s'intégrer au Complexe des sciences derrière la Place des Arts, ce qui aidera à faire face à l'importante demande de diplômés qui est loin d'être satisfaite et à investir dans les domaines de la biopharmacie, du génie biomoléculaire et de la bioinformatique.

Accessibilité et réussite des études
Le projet de politique du ministre Legault met l'accent sur la nécessité de continuer à favoriser l'accessibilité et souligne l'écart entre les taux de réussite des garçons et des filles. « S'il y a eu des progrès en regard de l'accessibilité -- et il y a eu progrès -- la présence de l'Université du Québec est une des raisons gagnantes pour cela, précise la rectrice. C'est d'ailleurs pour cela que nous avons été créée. Cependant, il ne faudrait pas que l'écart entre les garçons et les filles au niveau de la réussite masque le fait qu'il y a encore un problème d'accessibilité chez les francophones1. On glisse beaucoup sur la langue maternelle. Or les chiffres globaux sont trompeurs car les allophones et les anglophones haussent la moyenne. »

Quant aux propositions du ministre de privilégier les domaines où la demande est forte, de répondre aux besoins de la société et de faire preuve d'ouverture sur le monde, qui soulèvent des inquiétudes, Mme Leduc accueille le débat en rappelant que cette ouverture au milieu constitue une de nos gloires à l'UQAM. « Il faut maintenir l'université la plus ouverte possible, y compris face à l'entreprise privée, acceptant à la fois d'influencer et d'être influencée. La garantie de succès, c'est le respect des identités et des missions de chacun. »

Des choix stratégiques
L'été dernier, à la demande du ministre Legault, l'UQAM a ciblé et chiffré des actions prioritaires dans des domaines où elle est particulièrement reconnue, notamment dans ceux des biotechnologies, de l'informatique, des sciences de l'environnement, du multimédia, de la formation des maîtres et de celle des gestionnaires dans les nouveaux marchés, de même que dans les domaines des sciences humaines au c&brkbar;ur des enjeux sociaux. « Ces choix sont basés sur les plans d'action des départements et sur les discussions au sein des facultés. Ces dernières n'en sont pas toutes au même point dans leurs discussions sur leur développement et le recentrage de leurs activités. Cette position n'est donc pas coulée dans le béton », précise la rectrice.

Des réussites remarquables
Le 27 octobre dernier, devant quelque 200 personnes, Mme Leduc a terminé son discours en présentant un tableau de quelques réussites « qui tiennent souvent du tour de force pour une université qui s'est fait amputer son budget de 30 % au cours des dernières années. » Amélioration de l'encadrement académique, formation aux nouvelles technologies, mise en place de réseaux socioprofessionnels, succès des équipes de recherche et des étudiants auprès des organismes subventionnaires, nouveaux programmes, sans compter la multitude de prix récoltés, tout cela fait honneur à l'UQAM conclut la rectrice. « Ces réussites nourrissent nos espoirs, notre fierté et nous incitent au dépassement. »

1. Dans la conférence d'ouverture qu'elle donnait lors du colloque sur L'État québécois et les universités, acteurs et enjeux, le 30 septembre dernier, Mme Leduc signalait que « l'analyse fine des chiffres montre que seulement 9,4 % des francophones détiennent un grade universitaire au Québec contre 16,5 % des anglophones. À Montréal, l'écart entre les deux groupes linguistiques est aussi de sept points de pourcentage : 12 % de diplômés francophones contre 19,1 % d'anglophones ».