Numéro 10,
27 janvier 1997


Près d'un million $ pour une recherche

Infection au VIH : le comment et le pourquoi


Joanne Otis, professeure-chercheure au département de sexologie.

Au départ subventionnée par le Programme national de recherche et de développement en santé (PNRDS) du ministère fédéral de la Santé et du Bien-Etre, à raison de 800 000 $ répartis sur deux ans, l'Étude de l'incidence et des déterminants de l'infection au VIH chez les hommes gais et bisexuels de Montréal, rebaptisée du nom plus commode de Cohorte OMEGA, vient d'obtenir du Centre québécois de coordination sur le SIDA (ministère de la Santé du québec) une subvention de 60 000 $.

La nouvelle d'une deuxième subvention arrivait au bureau de la chercheure Joanne Otis, quand le Journal l'a rencontrée. La chercheure s'estimait chanceuse d'être ainsi soutenue financièrement. "Je connais des collègues qui essuient refus sur refus, parce que leurs recherches n'entrent pas dans les visées gouvernementales et/ou les priorités des organismes subventionnaires."

Cohorte OMEGA est une étude ambitieuse, dont l'idée remonte aux années 1993-94. Devant l'infection au VIH qui continuait à se propager, et l'abandon de comportements sécuritaires chez beaucoup d'hommes (surtout jeunes), les docteurs Michel Alary, du Centre de recherches de l'hôpital Saint-Sacrement de Québec, et Robert Remis, de la Direction de la santé publique de Montréal, font une demande de subvention au PNRDS afin de mieux comprendre la dynamique de l'épidémie et de déterminer les facteurs liés aux risques qu'ont les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes, de contracter l'infection au VIH. Comme dans toute recherche d'importance, le PNRDS exige un étude de faisabilité. C'est alors que le noyau de chercheurs s'est élargi. Joanne Otis (département de sexologie de l'UQAM), formée en santé communautaire, spécialisée dans des recherches en prévention des maladies transmises sexuellement, se joint à l'équipe. Par ailleurs, le terrain de recherche se circonscrit à la région montréalaise. Tel que rééquilibré, le projet est accepté par le PNRDS en octobre dernier.

Aujourd'hui, dit Mme Otis, Cohorte OMEGA se définit comme "une étude psychosociale et épidémiologique concernant les hommes qui ont des relations affectives et sexuelles avec des hommes - qu'ils se considèrent gais, homosexuels, bisexuels ou autre. L'objectif principal de la recherche est de mieux connaître cette population afin de proposer de nouvelles méthodes de prévention du VIH."

En bref, ce qu'OMEGA veut cerner, c'est le pourquoi de la transmission du VIH et non seulement le comment. Pour y arriver, deux directions qui se veulent complémentaires: l'une quantitative et l'autre qualitative. "Pour le volet quantitatif, nous suivront 2 000 hommes séronégatifs qui vivent à Montréal ou qui y viennent régulièrement (1 000 âgés de 16 ans à 30 ans et 1 000 de 30 ans et plus). Nous avons présentement recruté 567 participants et nous croyons atteindre le nombre désiré d'ici peu. Il s'agira en substance de les rencontrer deux fois tous les six mois afin d'effectuer des entrevues-questionnaires et des tests sanguins. L'ensemble des ces données restera bien sûr confidentiel. Pour ce qui est du volet qualitatif, nous travaillerons avec une quarantaine de sujets seulement (séronégatifs); nous aurons avec eux des entretiens en profondeur qui deviendront ce qu'on appelle des récits de vie."

Avec en mains un très vaste échantillonage, une méthodologie particulièrement raffinée, l'étude OMEGA peut se comparer à d'autres travaux du genre menés aux États-Unis, en Australie, en Angleterre et dans certaines villes canadiennes. L'équipe québécoise croit aussi pouvoir éviter certains écueils, notamment en menant les recherches sur une plus longue durée.

Inutile de dire que, dans une telle recherche, la communauté gaie doit être partie prenante, à tous les niveaux.* Il y a des représentants de cette communauté dans l'équipe de chercheurs, dans le personnel rémunéré et au Comité d'encadrement (déontologie).


  • *Parmi les membres du Comité de chercheurs, on retrouve René Lavoie, coordonnateur d'Action Séro-Zéro, principal organisme de prévention du VIH de la communauté gaie, Roger LeClerc, président du Centre des Gaies et des Lesbiennes de Montréal et le docteur Bruno Turmel de la Clinique de l'Alternative. Dans le Comité d'encadrement, 12 membres bénévoles de la communauté gaie sont élus annuellement de façon démocratique.