Numéro 10,
27 janvier 1997


Jeunes adultes et santé mentale

Face à la situation alarmante, un groupe d'étude est formé


La professeure Danielle Desmarais

La nouvelle, rapportée récemment dans les médias, a sonné l'alarme: dans l'ensemble du monde occidental, le Québec remporte le triste championnat toutes catégories des suicides réussis chez les jeunes adultes. D'autres données, recueillies dans le cadre de l'enquête Santé Québec l992-l993, avaient déjà alerté le ministère de la Santé et des services sociaux (MSSS): la proportion de la population québécoise atteinte d'un niveau élevé de détresse psychologique est importante (26 %), et elle a augmenté de façon significative depuis l987 (19 %). Or, c'est le groupe de 15-24 ans qui est le plus touché (35 %); au cours de l'année précédent l'enquête, 11,9 % d'entre eux avaient même eux des idées suicidaires (contre 4 % pour l'ensemble de la population).

Danielle Desmarais, professeure au département de travail social, coordonnera les travaux du nouveau Groupe d'étude Jeunes adultes et santé mentale, qui vient d'être mandaté pour jeter un éclairage sur ce phénomène inquiétant, afin d'y remédier. D'ici quinze mois, les sept membres qui le composent* - des chercheurs et des intervenants sociaux - formuleront au Comité de la santé mentale du Québec (CSMQ, du ministère précité), des recommandations visant un double objectif: diminuer le niveau de détresse psychologique des jeunes adultes, et améliorer leur santé mentale. Une subvention de 100 000 $ leur est octroyée à cette fin par le CSMQ, l'UQAM y allant d'un soutien logistique et de prêts de locaux. Deux étudiants gradués de l'Université, Serge Fleury et Annie Gusew, supporteront également le Groupe à titre d'assistants de recherche.

Pour mener ce mandat à terme, la démarche envisagée est la suivante. Dans un premier temps, la recherche documentaire sur la santé mentale des jeunes Québécois (de 18 à 35 ans) sera complétée au cours des prochains moins, par une revue assez exhaustive des études canadiennes, nord-américaines et européennes portant sur cette problématique. Dans ce cadre, explique la professeure Desmarais, la question de l'insertion sociale et professionnelle des jeunes adultes est incontournable puisqu'elle a un lien étroit avec le niveau de détresse psychique des jeunes adultes.

Autre étape importante du processus: diverses thématiques se rapportant à ces derniers seront explorées, à partir de la méthode dite des focus groups. À cette fin, les jeunes adultes sont regroupés selon leurs caractéristiques, ou selon la place qu'ils occupent dans la société, le cas échéant. Une quinzaine de ces groupes doivent être ainsi constitués, à Montréal et dans quelques régions.

Trois visites en région sont également prévues: en Estrie, en Outaouais et dans une réserve autochtone à déterminer. Selon Mme Desmarais, "elles fourniront l'occasion d'explorer les différences liées à la vie des jeunes adultes en dehors des grands centres urbains." Suivront enfin des consultations ponctuelles auprès d'experts, tant dans le milieu de la recherche que de l'intervention. Les chercheurs de l'UQAM qui ont développé une expertise dans ce domaine devraient entre autres être mis à contribution.

D'après le calendrier retenu, le rapport-synthèse et les recommandations découlant de ces activités seront produits en mars l998. Un programme ambitieux, donc, assorti d'un échéancier serré. Sous réserve d'être agréés par le CSMQ à qui ils sont destinés, conclut Danielle Desmarais, les résultats des travaux du Groupe d'étude Jeunes et santé mentale devraient être publiés chez Gaétan Morin Éditeur.


  • * Outre la professeure Desmarais, les personnes suivantes composent le Groupe d'étude: Diane Guérette, responsable des stages, Université de Sherbrooke; Dr Antoinette De Ciccio, Hôpital Royal Victoria; Yvon Lebel, travailleur social, CLSC Pontiac (Outaouais); Mohamed Hrimech, professeur adjoint, UdeM; Suzanne Péloquin, travailleuse sociale et consultante en milieu scolaire (région de Québec); Pierre Martineau, intervenant social dans sa réserve huronne, à Wendake. Françoise Beauregard, du CSMQ, fait le lien entre cet organisme et le Groupe, à titre de personne-ressource.