Numéro 12,
24 février 1997


Sondage à l'UQAM

Un étudiant sur quatre a pensé au suicide


Mme Hélène Mousseau du Centre d'écoute et de référence Halte Ami en compagnie du professeur-chercheur Brian L. Mishara.

Un étudiant sur quatre (26 %) a déjà pensé au suicide et 4 % ont déjà tenté de se suicider. Si on extrapole, à partir de l'échantillon qui représente environ 3 % de la population étudiante de l'UQAM, on estime qu'approximativement 1 300 étudiants ont tenté de se suicider au moins une fois, la moitié d'entre eux ayant fait plus d'une tentative. C'est du moins ce que révèle une enquête réalisée, auprès des étudiants, par le Centre de recherche et d'intervention sur le suicide et l'euthanasie, dirigé par le professeur Brian L. Mishara, et le Centre d'écoute et de référence Halte Ami.

Des résultats troublants qui, pourtant, n'étonnent pas plus le professeur Mishara, que la porte-parole du Centre d'écoute et de référence Halte Ami, Mme Hélène Mousseau. Selon eux, la situation à l'UQAM est tout à fait comparable à ce qui se passe dans les autres universités. "D'ailleurs, le suicide touche tout le monde, disent-ils. Et pas seulement les personnes suicidaires." En effet, l'entourage, les amis de ces étudiants sont aussi interpellés par le suicide puisqu'ils reçoivent souvent des confidences. À ce sujet, l'enquête dévoile que 41,5 % des étudiants ont répondu «oui» à la question suivante: "Est-ce que quelqu'un vous a déjà dit qu'il pensait au suicide ?" Dans 22 % des cas, il s'agissait d'un étudiant de l'UQAM. Dans seulement 11 % des cas, l'étudiant croyait que ce n'était pas sérieux. De plus, 47 % des répondants ont connu des gens qui ont essayé de s'enlever la vie. Selon les auteurs de l'étude, ces données démontrent clairement que le suicide est un problème important qui touche directement presque la moitié des étudiants de l'UQAM.

Des chiffres conservateurs
Selon les responsables de l'étude, de telles recherches ont généralement tendance à sous-estimer les véritables taux de comportements suicidaires dans une population. On peut donc supposer des pourcentages plus élevés.

Peu d'appui institutionnel
Pourtant, il existe bien peu d'appui institutionnel aux activités de prévention du suicide mises de l'avant par le Centre Halte Ami, à l'intervention auprès des personnes suicidaires et à l'aide aux personnes endeuillées par le décès par suicide d'un étudiant de l'UQAM, constate M. Mishara. L'étude montre que la seule ressource interne, mentionnée par les répondants pour référer une personne suicidaire, est le Centre Halte Ami et elle n'est connue que par 6 % d'entre eux. Plus du quart des étudiants n'ont aucune connaissance des ressources disponibles. Ainsi les étudiants qui se retrouvent dans le rôle d'aidant lorsqu'un ami parle de ses idéations suicidaires reçoivent rarement une formation sur la manière d'agir dans de telles situations. Outre les formations en intervention de crise suicidaire dispensées à ses bénévoles, le Centre Halte Ami offre des ateliers d'information et de discussion sur le suicide, deux semaines par session. Toutefois, cette activité ne touche qu'une faible partie de la population étudiante.

Par ailleurs, M. Mishara déplore qu'il n'existe à l'UQAM aucune politique ou plan institutionnel concernant la problématique du suicide. "Dans certaines universités, dit-il, on a mis en place un tel protocole. Par exemple, lorsqu'un décès survient, on sait «qui» dit «quoi» «à qui» et de «quelle manière». C'est très important d'intervenir auprès des gens qui ont connu la personne décédée. De plus, l'Université ne peut pas ignorer la détresse et l'angoisse que vivent les étudiants. C'est une obligation morale", conclut-il.