Numéro 13,
10 mars 1997


Étude du groupe de recherche sur les médias

Écoute télévisuelle et communautés culturelles de Montréal: une image complexe


Danielle Bélanger, adjointe de recherche et Serge Proulx, professeur au département des communications de l'UQAM et responsable de la recherche sur la «dynamique de consommation télévisuelle des membres de cinq communautés culturelles de la région de Montréal».

Le groupe de recherche sur les médias, composé du professeur Serge Proulx, du département des communications et de son adjointe, Danielle Bélanger, a complété une étude sur la «dynamique de consommation télévisuelle des membres de cinq communautés culturelles de la région de Montréal». Commanditée conjointement par des télédiffuseurs montréalais (Société Radio-Canada, Télé-Métropole, Télé-Québec) et le ministère canadien du Patrimoine ainsi que les ministères québécois des Affaires internationales, de l'Immigration et des Communautés culturelles et de la Culture et des Communications, celle-ci a pour objectif principal «de fournir aux télédiffuseurs une meilleure connaissance de la dynamique de consommation télévisuelle des membres des communautés culturelles.» Pour tenter d'esquisser un tableau de la situation, «nous avons retenu, de dire le professeur Serge Proulx, deux couches de facteurs: l'offre de la télévision francophone ainsi que les rapports qu'entretiennent les gens de communautés culturelles avec les univers culturels francophone et anglophone».

Ainsi a-t-on constitué dix groupes de discussion: huit provenant de communautés culturelles et deux comprenant des Québécois francophones dits «de souche». Les caractéristiques de ces groupes: résidents de Montréal, âgés de 26 à 34 ans et plus ou moins scolarisés; dans le cas des membres de communautés culturelles, ils écoutent de manière importante la télévision francophone, sont des immigrants de première génération et appartiennent aux communautés linguistiques suivantes: arabophone, créole, hispanophone, portugaise et vietnamienne.

«Succinctement, de préciser Serge Proulx, nous pouvons tirer de l'ensemble des discussions quelques grands constats». Ces derniers étant:

  • au niveau de la représentation des communautés à la télévision: il n'y a pas de lien direct entre le fait d'être bien ou mal représenté dans une émission. Bref, les membres de communautés culturelles choisissent une émission davantage en fonction de son contenu;
  • en termes de valeurs: chez les gens moins scolarisés, il y a une perception conflictuelle entre les valeurs véhiculées par la télévision (violence, sexe par exemple) et celles de leur société d'origine (famille et autorité parentale, par exemple);
  • en termes d'originalité: les membres des communautés culturelles valorisent les émissions québécoises originales. D'ailleurs, l'écoute d'émissions traduites ou copiées de modèles américains peut conduire rapidement à une écoute en anglais;
  • en termes d'univers culturels: pour les personnes interrogées, il existe une perception de «fermeture» de l'univers francophone aux relations avec les communautés culturelles, et ce, en matière d'emploi et de relations sociales. À l'inverse, l'univers anglophone est perçu comme étant plus «ouvert», plus accessible aux communautés culturelles.
  • «Il n'y a pas de solutions simples, de conclure le professeur Proulx. Face à une perception d'un certain hermétisme de la société francophone chez les membres des communautés culturelles, un seul télédiffuseur ne peut tout résoudre». C'est pourquoi il suggère principalement, parmi plusieurs idées, un regroupement des télédiffuseurs francophones afin de trouver «des idées nouvelles quant à des stratégies de programmation ou des formules d'expérimentations pertinentes».