Numéro 14,
24 mars 1997


Générosité sociale et criminalité

À la recherche d'une assurance-chômage optimale


Le professeur Christian Zimmermann.



Quel est l'impact de la générosité sociale sur la criminalité? Et quelle est l'assurance-chômage optimale en regard de cette question? Christian Zimmermann et Stéphane Pallage, professeurs au département des sciences économiques et membres du CREFÉ (Centre de recherche sur l'emploi et les fluctuations économiques), approfondissent ces problématiques dans le cadre d'un programme de recherche plus vaste ayant pour titre: Redistribution sociale et sécurité publique - Une approche d'équilibre général dynamique.

Amorcée l'été dernier, l'étude traite de thèmes actuels et brûlants, puisque tant l'Europe occidentale, les États-Unis que le Canada rétrécissent le filet de protection sociale. D'abord guidées par des considérations de coûts, les réformes en cours semblent faire abstraction des bienfaits de ces programmes, ainsi que des effets néfastes de leur suppression; aussi pourraient-elles - surtout si elles sont drastiques - ne pas générer les bénéfices escomptés et ce, même en présence d'abuseurs du système. D'autant plus que des recherches ont démontré non seulement le rôle redistributif de l'assurance-chômage, mais également le lien indéniable entre le crime et l'inégalité sociale.

Selon les professeurs Zimmerman et Pallage, l'approche retenue s'inscrit dans un courant de littérature visant à analyser l'optimalité des systèmes actuels d'assurance-chômage. Mais à la différence des études américaines récentes qui proposent de réduire drastiquement les prestations d'assurance-chômage dès lors qu'une fraction - même infime - de bénéficiaires abuse du système, la recherche qu'ils effectuent tient compte des effets pervers que risquent d'engendrer les réformes de ces régimes.

"Dans ce projet, écrivent-ils, nous souhaitons simuler l'impact de différentes réformes de l'assurance-chômage au Canada et aux États-Unis sur le bien-être et la criminalité. À cet effet, nous construisons un modèle d'équilibre général dynamique, que nous paramétrisons pour les économies de ces deux pays. Pour ce faire, nous mettons en relation certains faits qui caractérisent les économies étudiées avec des observations empiriques. Dans notre modèle, le crime est la conséquence de l'inégalité sociale, comme cela s'observe empiriquement, et l'assurance-chômage peut permettre de corriger cette inégalité."

L'exercice est donc essentiellement théorique, le tout se déroulant sur ordinateur. Quelques précisions d'ordre méthodologique du professeur Zimmermann: "Nous essayons de simuler le fonctionnement de l'économie en tenant compte des interactions essentielles entre les différents marchés, ce que les économistes appellent" "équilibre général". Nous évaluons toute politique sociale en tenant compte de son impact sur les décisions des individus, et l'impact de ces décisions individuelles sur la politique socialement souhaitable. Cette démarche est complexe, puisque nous incluons les dynamiques des marchés dans notre analyse. Il s'agit d'un travail de laboratoire en science sociale, car nous procédons à des simulations de politiques sociales sur ordinateur." Ce qui, conclut-il, est très innovateur. Quant aux résultats, ils devraient être disponibles au cours de l'été.