Numéro 14,
24 mars 1997


Étude sur le Maroc

Pour un modèle de développement touristique


À l'avant-plan: Bruno Sarrazin, chargé de cours au département d'études urbaines et touristiques. À l'arrière-plan: Jean Stafford, professeur au même département ainsi que Charles-Étienne Bélanger, directeur du Secrétariat pour les Amériques du Bureau international du tourisme social, auteurs d'un ouvrage sur l'industrie touristique au Maroc.

Jean Stafford et Bruno Sarrazin, du département d'études urbaines et touristiques, ainsi que Charles-Étienne Bélanger, un diplômé de l'UQAM oeuvrant au Bureau international du tourisme social, viennent de signer un ouvrage* consacré à l'activité touristique au Maroc.

Pourquoi avoir choisi d'étudier ce pays? "Parce que la Maroc a, depuis son indépendance, une longue pratique touristique, de répondre les trois auteurs. En outre, et la chose n'est pas négligeable pour des chercheurs, dans la planification très centralisée de l'État marocain, le tourisme a toujours constitué une priorité; par conséquent, il existe une documentation très riche à ce sujet."

Les trois chercheurs ont donc voulu vérifier l'assertion voulant que le tourisme soit une panacée pour les problèmes de pays en voie de développement. Pour ce faire, ils ont soigneusement examiné deux grandes séries de facteurs: politiques et économiques. Dans le premier cas, l'impact de facteurs internes (rôle de la monarchie, centralisme étatique, réglementation sur les investissements, etc.) comme de facteurs externes (investissements étrangers, rôle du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, etc.) a été le plus largement possible étudié. Dans le second cas, on a examiné l'évolution et le taux d'accroissement annuel moyen, de 1976 à 1990, de l'offre et de la demande touristiques au Maroc. Par exemple, les trois auteurs se sont intéressés, entre autres, à l'évolution de la capacité d'hébergement dans trois villes différentes, aux achats d'équipement à l'étranger, ou encore, aux arrivées de touristes étrangers.

L'analyse de nombreuses données a également permis d'élaborer toute une série de prévisions sur l'industrie touristique du Maroc, et ce, jusqu'à l'an 2 000.

En guise de conclusion, les trois auteurs ont esquissé, à partir des différents aspects touristiques examinés, quatre scénarios pour l'avenir de l'industrie du tourisme au Maroc.

Dans le premier, ils mettent de l'avant une certaine continuité. On assiste alors à une croissance soutenue de l'offre et de la demande, le tout dans un climat politique et social relativement stable ponctué cependant d'un profond rétablissement de l'économie nationale, condition sina qua non pour la réalisation d'un tel scénario.

Dans le second, qualifié d'accès à la société des loisirs, il survient de notables changements politiques, sociaux et économiques qui font en sorte que les marocains adhèrent à certaines valeurs occidentales, voient leur niveau de vie augmenter et constituent par là-même une nouvelle demande interne pour des services touristiques

Dans le troisième, portant sur une stagnation du pays, les nombreux problèmes économiques - dette, chômage, etc. - font en sorte qu'il y a essoufflement de la demande, autant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays, le tout menant à une régression de l'industrie touristique.

Enfin, dans le quatrième et dernier scénario, les auteurs se livrent à l'examen de bouleversements majeurs au sein de la société marocaine, dont un processus d'islamisation rapide de la population qui pourrait avoir des répercussions profondes et immédiates sur l'industrie du tourisme.

Précisons, en terminant, qu'il ne fait aucun doute dans l'esprit des trois chercheurs que le tourisme ne peut régler tous les problèmes des pays en voie de développement. Toutefois, lorsque bien planifié, il peut représenter un apport appréciable pour l'essort économique de ces mêmes pays.


  • * Cet ouvrage intitulé Développement et tourisme au Maroc est publié aux éditions de l'Harmattan.