Numéro 14,
24 mars 1997


Peut-on mesurer la culture scientifique et technologique?


Benoît Godin, professeur à l'INRS-urbanisation et Yves Gingras, professeur au département d'histoire de l'UQAM, coauteurs d'une recherche sur "Les indicateurs de culture scientifique et technologique".

"La notion de culture scientifique et technique est une notion qui, en général, est plutôt floue. Aux États-Unis, on parle de "Scientific Literacy", en Angleterre de "Public Understanding of Science" tandis qu'en France on fait régulièrement allusion à la culture scientifique, de préciser les professeurs Yves Gingras, du département d'histoire, et Benoît Godin, professeur à l'INRS-urbanisation.

Aussi, avec la collaboration du professeur Camille Limoges et de l'agent de recherche Eric Bourneuf, membres comme eux du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST), ont-ils mené une réflexion sur le sujet - bénéficiant en cela de l'appui financier du Conseil de la science et de la technologie, du ministère de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie du Québec ainsi que du ministère de la Culture et des Communications du Québec - afin d'en préciser la définition et, par conséquent, d'en mieux évaluer, par une série d'indicateurs, la portée.

"Nous opérons, d'expliquer les deux professeurs, à partir d'un renversement complet de perspective concernant les rapports entre culture et science. Contrairement à certains modèles qui opposent culture et science ou les intègrent plus ou moins, nous disons que la culture scientifique et technique doit inclure nécessairement les activités scientifiques et technologiques en tant que forme d'organisation sociale d'une culture".

Ainsi, dans cette perspective, la culture scientifique et technique acquiert-elle le sens suivant: "la culture scientifique et technologique, c'est l'expression de l'ensemble des modes par lesquels une société s'approprie la science et la technologie". Appropriation qui, aux dires des auteurs, présente deux dimensions: individuelle ou collective (sociale). Dans le premier cas, les gens s'intéressent pour diverses raisons et à des degrés différents aux sciences; dans le second cas, la société se dote d'institutions (musées, universités, laboratoires, etc.) pour développer et diffuser la science.

À partir de cette définition, les chercheurs Gingras et Godin ainsi que leurs collègues ont analysé le processus d'appropriation pour conclure qu'il en existe trois grands types:

  • les modes d'apprentissage (école, par exemple);
  • les modes d'implication sociale (participation à une audience du BAPE, par exemple);
  • les modes d'organisation sociale (recherche-développement industriel, par exemple).
  • Ce qui a alors permis d'élaborer trois importantes séries d'indicateurs pouvant mesurer jusqu'à un certain point cette culture scientifique et technologique. Ce sont: les indicateurs d'intrants ou efforts que consent une société pour s'approprier la science (investissements en recherche-développement, contrats de recherche appliquée, etc.); les indicateurs de pratiques, individuelles ou collectives (nombre de cours de science ou d'expos-sciences, etc.); les indicateurs d'extrants qui mesurent l'appropriation réelle ou les résultats acquis (nombre de diplômés en science, place de la science dans les journaux, etc.).

    "Une chose est sûre: un indicateur ne mesure qu'un aspect de la réalité, de préciser le professeur Yves Gingras. Pour bien couvrir cette réalité, il faut de nombreux autres indicateurs. C'est pourquoi nous avons développé trois grands ensembles d'indicateurs - d'autres pourraient éventuellement être conçus - afin d'examiner la culture scientifique et technologique sous le plus d'angles possibles, dont certains ont pu être omis ou négligés dans le passé."