Numéro 15,
7 avril 1997


Michel Goulet ou l'art d'habiter l'espace public


M. Michel Goulet, sculpteur, scénographe et directeur du département d'arts plastiques.

Le premier mai prochain, à Montréal, le Centre international d'art contemporain présentera cinq oeuvres récentes, des sculptures-installations, de Michel Goulet, un des artistes les plus en vue actuellement au Québec. Sculpteur, scénographe et directeur du département d'arts plastiques à l'UQAM, Michel Goulet se définit lui-même comme un "artiste éclaté" qui ne cherche pas nécessairement à cultiver un style particulier ou une manière de faire. Rejetant la banalité et les discours tout faits, et se nourissant des événements qui l'entourent, il se passionne surtout pour le plaisir de la découverte.

C'est lui également qui créera les décors de la pièce Nathan le Sage de l'auteur allemand du XVIIIè siècle Gotthold Ephraïm Lessing, et dont la mise en scène sera assurée par Denis Marleau, directeur du théâtre Ubu. Présenté, à compter du 10 juillet, dans la Cour d'honneur du Palais des Papes, ce classique de la dramaturgie allemande ouvrira l'édition 1997 du Festival d'Avignon. Soulignons que c'est la première fois qu'une équipe de production québécoise inaugurera ce prestigieux festival de théâtre

Reconnu notamment pour son travail en art public, Michel Goulet réalisait dernièrement une oeuvre située à côté de l'hôpital Royal Victoria à Montréal. Intitulée Les moments magiques, "l'oeuvre, selon l'auteur, est une sorte d'allégorie à multiples facettes de la quête de l'idéal et convie à la recherche du bonheur et de la liberté". Elle s'inscrit dans deux lieux ou deux volets distincts, dont le premier, situé près de la voie publique, est composé de huit mats qui portent ni drapeaux, ni bannières, mais les signes du rêve et de l'idéal à atteindre. Ils élèvent très haut, à la vue de tous, des fragments d'images ou d'objets poétiques.
Les moments magiques, sculpture réalisée par Michel Goulet, Hôpital Royal Victoria, Montréal.

Le deuxième volet s'inscrit dans les huit ouvertures de fenêtres murées. Chaque fenêtre comprend deux éléments: l'un est identifiable et familier, l'autre, un simple carré, reste indéterminé. Pour Goulet, "ces images se substituent à l'absence, au vide, en révélant le caractère poétique ou symbolique de l'apprentissage et de l'activité de connaissance".

Le passant qui, dans un lieu public, s'arrête devant une oeuvre de Michel Goulet, peut difficilement rester indifférent face à un objet qui intrigue, voire dérange ou inquiète. Par ailleurs, s'il est souvent difficile d'identifier une présence humaine dans une de ses oeuvres, la relation que celle-ci entretient avec le visiteur ou le passant comporte toujours, elle, une dimension humaine.

Qu'il travaille à une oeuvre sculpturale ou qu'il conçoive un décor de théâtre, Michel Goulet négocie avec un espace public qu'il tente d'exprimer en façonnant des images qui non seulement ajoutent à notre patrimoine visuel, mais cherchent à bousculer nos habitudes de perception de l'environnement.

Et l'enseignement dans tout ça ? Il ne pourrait s'en passer, reconnaît-il. Privilégiant la disponibilité et l'écoute dans sa pratique de professeur, Michel Goulet poursuit un objectif: contribuer à former des individus différents, peu importe qu'ils deviennent ou non des artistes, pourvu qu'ils manifestent une manière originale d'être dans leur travail.