Numéro 16,
5 mai 1997


La résolution des controverses environnementales


M. Laurent Lepage, professeur au département de science politique.

Une équipe de chercheurs dirigée par M. Laurent Lepage, professeur au département de science politique, s'intéresse depuis 1994 au problème de la régulation des controverses environnementales. Cette recherche s'inscrivait, à l'origine, dans le cadre d'une étude plus globale portant sur le projet hydro-électrique de Grande-Baleine. Conçue par le Groupe de recherche interdisciplinaire en gestion de l'environnement (GREIGE) à l'UQAM, l'étude avait reçue une subvention de 160 000 $ du CRSH.

L'équipe de M. Lepage, composée de Louis Simard, étudiant au doctorat à l'institut d'Études politiques de Paris, ainsi que de Yves Lapierre, Marie-Claude Brunet, Grégory Slogar et Yannick Chouinard, étudiants à la maîtrise en science politique à l'UQAM, a abordé deux types de controverses: celles à caractère national, comme par exemple le projet de Grande-Baleine, et celles se situant à une échelle territoriale plus restreinte, soit régionale ou locale.

Leur recherche, d'expliquer M. Lepage, "s'est articulée autour de deux grands axes: 1) l'analyse du discours des acteurs; 2) l'analyse stratégique de leurs comportements". Et ce en vue de développer des outils de recherche et de mieux comprendre comment se gère l'environnement au Québec, en particulier dans un contexte où s'affrontent publiquement des positions contradictoires par rapport à un projet donné. Selon M. Lepage, les controverses en matière d'environnement se caractérisent souvent par le fait qu'elles opposent des citoyens à des gens qui défendent des intérêts économiques bien précis. Elles peuvent également s'exprimer à travers le "choc experts/citoyens" ou celui impliquant des positions scientifiques et des croyances populaires.

Un peu à la manière des ethnologues, des membres de l'équipe se sont rendus dans certaines régions (Montérégie, Basses-Laurentides, Québec, etc) afin d'examiner, sur le terrain, comment, d'une part, se tissent les relations entre les divers acteurs et, d'autre part, comment ceux-ci s'y prennent pour inventer des modes de résolution des controverses environnementales. Les acteurs pouvaient être à la fois des élus (maires, députés), des conseils régionaux en développement, des représentants de groupes écologistes, des citoyens, etc. Bref, souligne M. Lepage, il s'agissait de reconstituer la démarche des divers types d'acteurs à partir de leurs discours et de leurs comportements autour d'un projet environnemental donné. Pour comprendre ce "système d'action", il fallait aussi tenir compte du cadre légal et institutionnel, ainsi que des multiples enjeux économiques et politiques.

Voilà donc un type de recherche qui, de préciser M. Lepage, "permet de lever le voile des apparences" en fournissant une grille de lecture des systèmes d'action des acteurs tant locaux que nationaux. Une recherche dont les résultats seront publiés d'ici six mois environ dans le cadre d'un ouvrage collectif.