Numéro 16,
5 mai 1997


La gestion des déchets et la Table de collaboration «3R»


Mme Marie-France Turcotte, finissante au doctorat en administration.

Les processus multipartites de collaboration (PMC) ne permettent pas l'élaboration d'un plan de gestion des déchets. C'est du moins la démonstration que fait Marie-France Turcotte dans une thèse qu'elle a défendue avec brio, dans le cadre du programme de doctorat en administration.

Mme Turcotte a analysé le cas d'un processus multipartite de collaboration de niveau régional qui a rassemblé des représentants de l'industrie, du commerce, d'organisations publiques, de groupes communautaires et environnementalistes, soit la «Table de collaboration» organisée par la Communauté urbaine de Montréal à l'automne 1994, dans le but d'élaborer des plans de gestion des déchets par les «3R». Les «3R» réfèrent à la réduction, la réutilisation et au recyclage; ils constituent le principe de base d'une gestion dite écologique des déchets. Les questions auxquelles a tenté de répondre Mme Turcotte sont les suivantes: le PMC débouche-t-il sur des consensus et, si oui, sur quoi portent-ils? Le PMC a-t-il pour résultats des apprentissages et des innovations et, si oui, de quelle nature?

Les consensus
L'analyse a permis de démontrer que les consensus obtenus portent sur des thèmes ou des principes généraux qui s'apparentent à la notion de macrocatégorie. Par macrocatégorie, on entend une catégorie supérieure qui inclut plusieurs items ou options qui peuvent se concurrencer. "Les thèmes sur lesquels les participants à la Table se sont entendus, explique Mme Turcotte, sont moins généraux que la macrocatégorie de l'environnement, mais ne sont pas aussi spécifiques que des options de gestion."

Plusieurs causes expliquent les échecs aux consensus sur des questions spécifiques, comme les divergences d'intérêt, les questions d'identité, les critères de légitimité et le droit de véto des participants. Par exemple, les représentants de chaque secteur ont veillé sur leurs intérêts. D'une part, les acteurs ont voulu que leur secteur soit «partie prenante à tout» en matière de gestion du recyclage et du compostage. D'autre part, ils ont cherché à éviter que la prise en charge des coûts sociaux identifiés soit attribuée à leur secteur.

Apprentissages et innovations
Selon Mme Turcotte, le PMC a été une occasion d'apprentissage pour les participants qui ont pu échanger des informations sur la structure sociale du domaine et sur des contenus techniques. La diversité des points de vue échangés a été la source de cet apprentissage. Aussi, les débats sur certains thèmes ont-ils donné lieu à des apprentissages limités parce que la diversité des acteurs en présence n'était pas suffisante. Cela a été le cas pour les questions de la réduction à la source et des déchets dangereux. "Côté innovation, estime Mme Turcotte, c'est peut-être le PMC lui-même qui constituait l'innovation. Comme l'a suggéré l'un des participants, l'innovation est de nature «anthropologique» et amène ceux-ci à passer d'un discours de combat à un discours de promotion." De plus, le PMC a aussi contribué à rendre les problèmes plus saisissables, particulièrement du fait du raffinement du langage et des typologies.

"Le PMC, conclut Mme Turcotte, a favorisé la création d'un monde social des «3R» et a engendré un effet d'entraînement dans le domaine de la gestion des déchets vers les «3R» et quelques autres concepts enthousiasmants. Par ailleurs, si le PMC n'a pas permis de distribuer les rôles et les responsabilités entre les organisations participantes et les secteurs, il a offert une représentation des forces vives du domaine, ce qui peut permettre d'identifier le besoin de rôles nouveaux."