Numéro 16,
5 mai 1997


Un projet subventionné par l'ACDI

Programme de formation syndicale en Russie


M. David Mandel, professeur au département de science politique.

Le professeur David Mandel du département de science politique à l'UQAM a développé, en collaboration avec, notamment, la CSN, la FTQ et les Travailleurs unis de l'automobile, un projet consistant en un programme de formation syndicale en Russie devant démarrer en septembre prochain. Ce projet, qui a reçu une subvention d'environ 150 000 $ de l'ACDI, vise à former de futurs responsables syndicaux, lesquels, à leur tour, auront à assurer des activités de formation en entreprises auprès de militants de la base syndicale.

Signalons que le programme de formation s'inscrit en partie dans la foulée des recherches, menées depuis plusieurs années par M. Mandel, sur l'évolution du mouvement ouvrier en ex-URSS. Ainsi, au cours des trois dernières années, grâce à une subvention de près de 65 000 $ du CRSH, David Mandel a étudié la situation du mouvement ouvrier et syndical en Russie, en Ukraine et en Biélorussie. Son objectif: mieux comprendre comment le mouvement ouvrier s'adaptait aux nombreux changements survenus en ex-URSS, en particulier depuis la grande réforme économique de 1992.

Selon M. Mandel, dans un contexte économique chaotique où le chômage atteint des sommets, les syndicats, tout comme l'ensemble de la société civile, se retrouvent dans une situation de faiblesse vis-à-vis un État qui, malgré ses appels à la concertation et au partenariat, n'a rien d'un État de droit. En effet, soutient le professeur Mandel, le régime en place est un "régime corrompu qui se caractérise par la fusion entre une nouvelle bourgeoisie, le patronat et la mafia".

Non seulement la politique de réforme, lancée en 1992, n'a pas produit les résultats escomptés, mais la situation s'est détériorée. Ainsi, la pauvreté, la malnutrition, pour ne citer que ces fléaux, surtout dans les régions éloignées des grands centres, se sont aggravées. Selon l'UNICEF, les statistiques démographiques en ex-URSS s'apparentent à celles d'un État en guerre. Pas surprenant, estime M. Mandel, que dans de telles conditions, le cynisme et le sentiment d'impuissance se soient répandus au sein de la société civile. De plus, ajoute-t-il, cette réalité est méconnue en Occident où les médias semblent s'intéresser davantage aux élites politiques et économiques ainsi qu'aux luttes de pouvoir au sommet qu'à la vie quotidienne de la population et à ses efforts pour surmonter les difficultés.

Pourtant, si les possibilités de changement à court terme sont minces et reposent avant tout sur les chances d'une reprise économique, la situation n'est pas complètement désespérée. En dépit d'un manque de solidarité - laquelle, souligne David Mandel, ne peut se forger que dans des luttes communes - et d'un manque de traditions démocratiques, le mouvement syndical continue de se maintenir en vie et constitue peut-être la seule force populaire, la seule force de changement, encore organisée et structurée.