Numéro 9,
13 janvier 1997


Confessionnalité et religion à l'école

Pour en finir avec le statu quo


M. Jacques Pierre, professeur au département de sciences religieuses et directeur du module du même nom.

Le département de sciences religieuses a toujours voulu se distinguer des facultés de théologie confessionnelles que privilégient les autres universités. Il y a 25 ans, il se donnait comme mission l'étude scientifique de la religion et des traditions religieuses. Il choisissait ainsi de ne faire la promotion d'aucune doctrine, mais de comprendre plutôt la cohérence des traditions religieuses qu'il étudierait, d'analyser leur représentation mytho-symbolique, leurs pratiques rituelles et leur code moral. Or, l'automne dernier, lorsque les États généraux sur l'éducation ont encouragé la poursuite de la déconfessionnalisation du système d'éducation, il ne pouvait que se réjouir.

Le directeur du module de sciences religieuses, M. Jacques Pierre, rappelle que la population est favorable à la déconfessionnalisation des écoles et à la création de commissions scolaires linguistiques. "Toutefois, précise-t-il, elle refuse que toute préoccupation spirituelle soit évacuée de l'école et elle croit en la nécessité d'un enseignement réservant une large place à l'héritage religieux de l'humanité, aux valeurs et aux règles de notre vie en commun." Deux confessions religieuses, aussi importantes soient-elles, ne peuvent plus prétendre à un monopole exclusif. M. Pierre souhaite la poursuite de la déconfessionnalisation du milieu scolaire tout en conservant, dans le cadre d'une éducation civique, un enseignement religieux non plus catholique ou protestant, mais culturel et ouvert sur toutes les confessions. Bref, un enseignement où la religion ne serait plus une doctrine à laquelle les jeunes doivent adhérer, mais un héritage spirituel et intellectuel qui les aideraient à se situer, à trouver leurs racines, à assumer leur histoire et à y reconnaître la place de l'autre.

Non à la ghettoïsation "Cela vaut aussi bien pour les jeunes d'ascendance catholique que pour les élèves musulmans, bouddhistes, hindous, juifs, etc., poursuit M. Pierre. Ne l'oublions pas, ces derniers viennent de sociétés souvent moins éclatées que les nôtres; à leur arrivée chez-nous, ils sont soumis à des tentations de repli sur soi, voire de cantonnement sur des certitudes religieuses parfois intransigeantes."

En plus de condamner les élèves des autres confessions religieuses au repli sur leur spécificité, le régime actuel prive les élèves en morale d'un héritage de sagesse. Ils n'ont plus accès à un référent culturel fondamental sans lequel de larges pans de notre monde sont inintelligibles, que ce soit les cathédrales, la poésie de Beaudelaire, la révolution tranquille ou l'actualité politique. De plus, ce régime prive les élèves en formation chrétienne d'une ouverture au pluralisme et les soustrait à une formation morale adaptée à l'éclatement et à la relativisation des cadres de référence traditionnels.

Selon M. Pierre, la perpétuation de ce régime d'option n'a pas empêché la désaffection des institutions ecclésiales et l'absence pour elles de toute relève. De plus, des étudiants qui arrivent aujourd'hui à l'université après 14 années de ce régime d'immersion confessionnelle, ne connaissent pas le premier mot de la tradition chrétienne et doivent suivre des cours où on leur apprend ce qu'est un prêtre, un évêque, une église et en quoi la résurrection n'est pas la réincarnation. "L'aménagement de lieux alternatifs de transmission de la foi ne pourraient donc faire pire et contribueraient sans doute à redonner au discours chrétien la crédibilité qu'il a perdue", conclut M. Pierre.